SOUVENIRS...
 
     
 

BHOUTAN: DANSE AVEC LES DIEUX...

La foule se presse autour du dzong de Thimpu. Les bhoutanais ont tous revêtus leurs plus beaux  kira (1) pour les femmes et go pour les hommes. Le son des longues trompes,  les dungchen, annonce l'entrée des danseurs... nous sommes en retard !  Avec quelques difficultés nous parviendrons à trouver une  bonne  place qui permettra, nous espérons, d'immortaliser les couleurs et les virevoltes des danseurs.  Les fêtes religieuses au pays du Dragon sont nombreuses durant l'année  mais on ne permet pas tous les jours de pouvoir photographier. A l'occasion de ces rituels, la cour des dzongs se transforme en aire sacrée et des représentants de l'ordre placent les gens car  personne ne doit  gêner les évolutions des danseurs ni son voisin, ni empiéter sur la surface destinée aux danses.
Parmi les nombreuses fêtes religieuses, les tsechu sont certainement les plus célèbres. Donnés en l'honneur de Guru Rimpoche, ces festivals de danses masquées se déroulent tous les ans dans tous les grands monastères du pays et attire une foule venue souvent de villages lointains.  Dans une myriade de couleurs et de sons revivent alors les dieux et les démons de la mythologie bouddhique, chaque danseur devenant l'émanation d'une divinité, transcendant la forme humaine en forme divine. Ces liturgies colorées témoignent de l'attachement profond à la foi de la part du peuple. Plusieurs jours durant, les danses se succèdent au son des trompes, des tambours, des cymbales et de textes sacrés psalmodiés  par les lamas. Les danseurs, presque toujours masqués, évoluent sous l'oeil fasciné du public se pressant aux balcons et dans la cour du dzong. L'élégance des gestes, le chatoiement des brocarts, le raffinement des accessoires, l'aspect paisible, courroucé ou terrifiant des masques laissent chacun comme envoûté. Il y a longtemps, des grand saints du bouddhisme ont strictement codifié l'éblouissante chorégraphie de ces danses. Position des mains, des pieds, de la tête, rotation du buste... incliner son corps, pivoter, sauter, tourbillonner... se placer les uns par rapport aux autres, chaque geste, chaque pas est ainsi réglé et possède sa propre symbolique. Les petits moines, dès leur plus jeune âge, consacre de longues journées a apprendre ce langage gestuel qui a, l'occasion des fêtes, deviendra liturgie des corps. La précision et la concentration transpirent de ces corps virevoltants transmettant de fait la dimension sacrée au public. Il faut des années de répétition, de volonté pour atteindre la perfection. Dans les petits villages il n'est pas rare que des villageois dansent avec les moines peu nombreux, ils sont soumis au même long et difficile apprentissage.
Les jours précédant ces représentations, des rituels d'offrandes ont lieu dans le secret des dzongs plusieurs fois centenaires. Moines et lamas récitent des textes afin d'invoquer les divinités dont ils prendront l'apparence au cours du tsechu. Investis de ce pouvoir sacré, ils pourront alors revêtir les masques et les habits chamarrés pour incarner les dieux. C'est alors que dans la cour des dzongs, au coeur de cet enchantement visuel et sonore apparaissent le doux poète, le précieux maître, les êtres célestes , le dieu de la mort qui juge les trépassés et effraie les vivants.  Relatant les hauts faits des grands saints du bouddhisme,  ces danses masquées permettent de donner un enseignement vivant de la philosophie religieuse, de rendre accessible aux profanes de nombreux textes sacrés et d'avoir un rôle didactique en rappelant l'importance d'avoir un comportement vertueux dans sa propre vie.
Les danses ont un puissant  caractère magique. Dans la mythologie bouddhiste les grands saints prenaient des apparences diverses et exécutaient des danses particulières pour maîtriser les mauvais esprits et les démons. Les danseurs mimant ces danses  vont à leur tour purifier le sol, terrasser les diables et les mauvais esprits, éloigner la famine, les épidémies, les guerres. Cette purification concerne aussi les ennemis intérieurs, les blocages de tout un chacun et qui empêche d'accéder à l'Eveil; aussi  assister à un tsechu, au déroulement du grand thongdroel(2), à  une bénédiction par le feu ou  mewang apportent donc à chacun des mérites et pourra écourter le cycle de la réincarnation.
 Les danses peuvent durer quelques minutes ou plusieurs heures. Pour ne pas lasser le public entrent en scène des personnages qui vont miner de façon grossière les danseurs, lancer des plaisanteries salaces aux spectateurs, récolter des offrandes pour le monastère.  Ces bouffons aux attitudes et masques expressifs sont des éléments indispensables à toute fête religieuse et ils sont les seuls a pouvoir se permettre une attitude irrévérencieuse envers la religion dans une société très respectueuse de la chose sacrée. On peut les comparer à nos fous du Moyen Age qui intervenait pendant les mystères religieux. Le public, toujours bon enfant, apprécie ces diversions. Des chants et des danses populaires présentés par des jeunes gens servent aussi d'intermède aux diverses danses masquées. Ces célébrations religieuses sont également l'occasion de rencontres et échanges sociaux. Ils permettent aux familles, parfois éloignées par de longues heures de marche à travers le relief tourmenté du pays de se revoir et resserrer les liens avec des amis. Les familles profitent de la ville pour faire des achats, conclure des affaires.  Loin du travail harassant des champs et des rizières chacun exploitent pleinement ces moments uniques de détente.
Frappant leurs tambours, les Ging chassent les Tsholing de l'aire de danse. Au cours de cette danse exécutée la première fois par Guru Rimpoche afin de subjuguer des démons qui empêchaient la construction d'un monastère, les Ging frappent de leur baguette courbe la tête du public pour en faire sortir les impuretés. Chacun siffle alors pour éloigner démons et mauvais esprits; nous en serons quitte pour une bosse au sommet de nos cranes!
Nous assisterons à plusieurs festivals, si les danses se répètent parfois, si les costumes dans les dzongs mineurs sont moins étincelants, la foi de ce peuple est toujours aussi palpable et c'est avec ferveur  au péril de leur vie que les dévots passeront  en courant entre les flammes d'un immense brasier allumé sensé purifier les âmes, chasser les mauvais esprits, donner des mérites et bénir toute la communauté. Nous n'aurons pas le courage de danser avec les dieux dans le feu  mais nous ferons le tour du brassier pour recevoir notre part de bénédiction...
                                                 

(1) kira et go: habits traditionnels portés obligatoirement par toute la population du Bhoutan
(2) thongdroel immense patchwork d'' environ 15 mètres à sa base représentant l'image de Guru Rimpoche que l'on déploie parfois à la fin d' 'un tsechu
 

Photos Bhoutan ici
           

 
     
 
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